Après des mois d’inquiétude, de mises en garde, de courriers, la communauté médicale hospitalière s’est soulevée le 15 février 2012 contre l’insupportable, la mort annoncée de l’Hôpital public en Martinique.
La démission très symbolique des présidents de CME et des chefs de pôles a figé la fusion des trois Hôpitaux principaux de Martinique, processus imposé par le ministère de la Santé, piloté par une mission IGAS d’appui et dirigée par l’ARS.
L’État impose une fusion d’hôpitaux en déficits afin d’offrir une réorganisation de l’offre de soins. Mais le seul objectif national est bien la diminution des dépenses au travers de cette réorganisation. Certes, sur le plan national, les hôpitaux doivent améliorer leur organisation et leur efficience, mais les réformes en cours et une partie des mesures préconisées, vont entraîner une progressive marchandisation de la santé. La sécurité et la qualité des soins des martiniquais ne peuvent être réduits à une simple valeur marchande.
L’hôpital doit soigner, pas faire des bénéfices. L’hôpital Public, et c’est sa
fierté, accueille TOUS les patients, quelque soit leur pathologie.
La sécurité est un droit, elle leur est due. Elle est de notre responsabilité à tous soignants, responsables administratifs locaux et tutelle.
La fusion a été présentée depuis des mois comme la seule voie (de salut)
pour mettre en commun les bonnes volonté, les moyens humains et matériels au service des martiniquais et sauver l’Hôpital public. Nous voulons bien l’entendre.
Nous connaissons tous la situation financière dramatique de nos structures hospitalières. Nous avons alerté l’opinion public sur la nécessité d’un soutien, d’un accompagnement, d’un suivi de cette "expérimentation" martiniquaise par l’État : Pas de fusion sans transfusion et Fusion sans confusion. La qualité et la sécurité des soins, aujourd’hui et demain, en Martinique est au centre de nos préoccupations.
Après de multiples réunions entre la direction du CHU, la tutelle et les médecins (cellule de crise), un protocole de sortie de crise était en voie d’être signé, enfin.
Ce protocole, associant normalement la direction, les représentants de l’État (ARS) et les représentants des médecins (cellule de crise associant candidat à la présidence de CME, candidats aux chefferies de pôles et représentants du SMH) devait permettre de relancer le processus de
fusion des 3 principaux établissements de Martinique.
En effet, à l’issue de la signature, les chefs de pôles acceptaient leur nomination et mettaient en route le projet médical de pôle, pilier de la future stratégie médicale du grand CHU de Martinique.
Cette avancée, déjà publiée dans le journal France Antilles de ce week-end était un signal fort pour la communauté médicale (reconnaissance de leurs revendications de qualité et sécurité), un signal fort aussi dans le sens de la réorganisation imposée.
Ce samedi 17 mars, le directeur du CHU était présent, seul, sans la tutelle qui était pourtant associée depuis le début à toutes les décisions. Là où nous attendions une reconnaissance forte des besoins urgents, incontournables pour les soins aux martiniquais, avec un engagement fort de l’État, à nos côtés, pour la qualité et la sécurité des soins aux Martiniquais, les représentants de l’État ont préféré la politique de la chaise vide et ne pas venir signer pour ces engagements indispensables pour les soins et l’avenir du CHU de la Martinique.
Oui, une seule question était aux lèvres des médecins : pourquoi ce désaveu, ce désengagement pour ce qui touche l’avenir des soins publics en Martinique ? Les médecins, la communauté hospitalière mais aussi les patients martiniquais devront en tirer des conséquences fortes. L’accord signé est caduque.
Est ce une volonté précise de ne plus permettre aux martiniquais d’être soignés comme en métropole ?
Pourquoi l’État favorise la santé en Guadeloupe en recapitalisant le CHU à hauteur de 32 millions alors que la Martinique obtient misérablement 3 millions dans cette crise sans précédent. Pourquoi l’État prévoit de financer la reconstruction intégrale du CHU de Pointe à Pitre (plus de 5OO millions d’euros), lorsque le CHU de Fort de France a du mal à boucler le budget de reconstruction de son nouveau plateau technique, indispensable lui aussi pour l’avenir des soins publics en Martinique ?
Pourquoi ces différences ?
Pourquoi le coefficient géographique tarde à être réévalué efficacement ? La campagne budgétaire 2012 de l’État va encore voir baisser ses tarifs pour les établissements publics : globalement -0.22% soit environ 1 million d’ Euro sur l’année pour le CHU de Fort de France compensé par
l’augmentation de 1% du coefficient géographique.
Donc en réalité, il n’y aura pas augmentation de 1% du coefficient géographique....
Pourquoi l’ARS n’est pas là pour signer cet accord progressif de sortie de crise l’engageant à suivre, piloter et aider l’hôpital pour ses nécessaires réorganisations, sa recherche de qualité et sécurité pour les patients et surtout engageant le CHU sur le sentier de la fusion, qui lui est imposée ?
Depuis des semaines l’ARS, en public, a pris des engagements pour que cette fusion soit réaliste, réalisable et au service de la qualité et la sécurité des soins dues aux martiniquais.
Est ce un abandon ou une erreur stratégique ?
Cela ne laisse présager rien de bon pour l’avenir de l’ Hôpital Public Martiniquais, de ses missions et de sa communauté. C’est un désengagement de nos tutelles pour le présent et l’avenir des soins
aux martiniquais.
La communauté médicale hospitalière assume ses responsabilités et ses engagements pour la sécurité et la qualité des soins des martiniquais au travers du futur CHU de Martinique. Nous avons signé ce protocole d’accord tri partite avec seulement le directeur du CHU... Nous sommes très inquiets des soutiens nécessaires à venir. Ce protocole ne peut être validé en l’état sans la signature de l’ARS ou de son représentant.
L’heure est grave pour les soins publics en Martinique.
Notre système de soins se doit d’être le reflet de notre société, solidaire, équitable à l’écoute de sa population...
Nous n’abandonnerons pas l’Hôpital Public Martiniquais ni les martiniquais.
Nous exigeons une équité de traitement dans les DOM sur les projets de santé publique....
Nous appelons la population de Martinique, comme nous l’avions fait dans la lettre aux Martiniquais parue le 13/03/12 dans France Antilles à se mobiliser pour que la santé publique en Martinique ait les moyens nécessaires pour aujourd’hui et demain, pour une santé équitable, accessible à tous, de qualité, en toute sécurité.
Défendons l’Hôpital parce qu’il doit assurer des soins de qualité pour tous quels que soient les moyens de chacun.
Défendons l’Hôpital parce que c’est là que sont assurées 80 % des urgences, là qu’on traitera les épidémies ou pandémies, là que sont pris en charge les patients les plus graves ou les plus complexes à tous les âges de la vie.
Défendons l’Hôpital parce que c’est le lieu de formation des professions médicales et paramédicales, de l’innovation, de la Recherche et des progrès thérapeutiques, qui offre à tous, sans discrimination, des soins de qualité.
L’hôpital public est le miroir de notre société et le fer de lance de la solidarité au sein de notre système de santé.
La situation se dégrade de jour en jour. Sauver l’hôpital public, c’est agir pour une société plus juste, une vision globale de notre avenir collectif. En matière de santé, les oubliés de la République ne doivent pas exister.
Soigner doit rester notre seul objectif. La solidarité doit être le moteur de nos politiques publiques de santé selon les valeurs de la République et le serment d’Hippocrate que nous avons fait.
Nous avons besoin de soutien pour que l’hôpital public survive. Ce soutien doit se faire en toute transparence pour que la qualité et la sécurité des soins soit maintenue au sein de l’hôpital public
en Martinique.
Sans transparence, on ne rétablira jamais la confiance, on n’avancera jamais vers un avenir serein que nous souhaitons tous. C’est pourquoi, nous ne comprenons pas la désaffection de la tutelle hier dans cette crise sanitaire qui aurait dû trouver une issue positive pour les soins
dus aux martiniquais.
Pour que la qualité et le principe même du service public de santé puissent survivre, nous nous battrons sans baisser les bras.
Que fait l’État pour sauver l’hôpital public en Martinique ? L’Hôpital public est il orphelin ?
Le SMH